Numéro 604

09 novembre 2014

Ce soir je suis sortie dans la nuit. Pieds nus sur la terrasse glacée.

Mais j'aime l'intensité du froid tu sais. Comme la cire brûlante qui me lèche les doigts. Le silence assourdissant quand je sors du bar et de son brouhaha. Le feu de la fumée dans ma gorge, ou mes orteils bleus dans l'écume un matin de janvier. Les contrastes, tu vois? Quand mes récepteurs sensoriels saturent d'informations. Je ne t'ai jamais dit ça.


Appuyée à la rambarde j'ai plongé dans le ciel. Fixé une à une les étoiles, jusqu'à ce qu'elles se dissolvent sur ma fovéa.

Je ne crois pas qu'on ait déjà parlé de ça. Ni des galaxies qui s'éloignent, des nébuleuses, et de nous dans tout ça. De la lumière, et de son âge. La base, quoi.

Je me suis un instant crue là bas, alors forcément j'ai pensé à toi.

A cette nuit où j'ai agrippé une autre rambarde pour ne pas me noyer dans le ciel, et la mer, et tout ce noir constellé devant moi. Tu étais au lit déjà. La seule nuit peut être où on n'a pas, j'ai eu un morceau d'univers, pour une heure rien que pour moi. Je ne t'en ai pas parlé ensuite. Mais de quoi a-t-on vraiment parlé toi et moi?

Je suis rentrée avec ma chair de poule. J'ai ouvert encore l'écran. Et refermé. Plusieurs fois. A l'autre bout d'un fil invisible je savais que tu étais là. J'ai eu envie de te dire les milliers de mots qui restent toujours en moi. D'aborder tous les sujets imaginables, et surtout les autres avec toi. J'ai eu envie de refaire le monde. De te dire mes secrets (ceux que je ne connais pas).
Puis je me suis plongée dans mon thé brûlant.

Et j'ai essayé de ne pas trop penser à toi.

 

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05 mars 2014

Elle tripote longtemps le téléphone dans sa poche, le sort, l'ouvre et pianote ton nom.
Elle effleure l'écran, hésite, du bout des doigts.
S'arrête.
Efface.
Recommence.
Efface à nouveau, lettre à lettre, jusqu'à la première. Elle range le téléphoine.
Et continue à la tripoter dans sa poche. 


En quelques heures elle a fait ce geste si souvent déjà. Derrière ta porte à peine, le long du canal, sous la pluie, dans le train, à la gare, le train suivant, en mangeant, dans son lit. 
Elle ne sait pas elle même ce qu'elle veut te dire.
Les mots sont trop vides, elle n'arrive pas à formuler.
Elle ne veut pas vous ranger dans une case, ne veut pas mettre un nom commum sur tout ça. Nuances, flou, secret. Les mots sont trop catégoriques, nets, trop ou pas assez. Pourtant ce n'est pas compliqué, c'est même si simple et naturel. Doux. Transparent. Honnête.
Que tu lui manque déjà. Qu'elle voudrait être dans tes bras. Qu'elle n'arrive pas à culpabiliser tellement elle est bien avec toi. 
Banalités, que tu lirais en silence, sans réponse possible.

Parce qu'il n'y a rien à dire au fond.
Que tu lui donnes envie de lire, d'écrire, de voir et d'écouter. De partir aussi. De s'échapper.


Tu sais quand elle s'en va elle pense trop à toi pendant quelques jours. Ses synapses mettent du temps à se désactiver, et les sensations s'estompent trop lentement. Des briques roses pleins les yeux, ta barbe sous ses doigts. Et des épingles plein le coeur quand elle te dit au revoir.
Tu sais ses dendrites sont un peu emmêlés, elle ne sait plus trop où elle en est. Un sourire niais scotché à ses lèvres, une bouffée de chaleur dans la poitrine. Elle est loin sans y être, yeux ouverts ou fermés, elle est encore un peu avec toi. 

Le matin elle s'est attaché les cheveux près de toi, elle les relâche le soir en se couchant pour y sentir encore l'odeur de tes draps.

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28 août 2013

Musique

 

Ce moment est parfait.

Les cigales laissent lentement la place aux grillons, le soleil disparait sous la mer, le monde est immobile et le bleu infini s’étend à mes pieds.
 Les pierres de la terrasse sont encore tièdes, l’odeur du pesto se mêle à l’odeur sèche de la garrigue, et à celle de mes cheveux mouillés.

Ce moment est parfait.

Les lumières s’allument puis vacillent dans le village en bas, la rumeur assourdie qui s’en élève ne rend que plus paisible la montagne qui nous enveloppe. Les étoiles aussi s’allument et me chuchotent à l’oreille (que ce moment est parfait).

 

Restent le goût iodé puis sucré des langoustines crues, et celui du sel sur sa peau. Restent la brûlure des galets sous mes pieds, et celle dans ma poitrine quand les marches se succèdent. Restent la couleur des façades dans la lumière de la fin d’après-midi, et une fleur de bougainvillier, séchée, dans mon carnet de chèque.

Restent la légèreté de mon corps dans l’eau après une longue marche, et la chair de poule sur mes bras.

Reste la lumière.

Restent
les
c            a                r                e                s                 s                 e               s.

 


Et pendant que les instants défilent derrière mes paupières closes, quand s’enfuient par la fenêtre de la voiture les derniers instants d’Italie, je sens que je laisse une toute petite partie de moi ici.

 

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03 mars 2013

Musique 
 
 
Derrière la fenêtre les branches s'agitent, mais devant le chat dort.

Le vent souffle, et le bois crépite.

Elle ne sent plus ses pieds, nus sur le carrelage, et le chatouillis d'un cheveu égaré derrière l'oreille, doucement, s'apaise.
Ses bras sont lourds sur la laine du gilet, sa tête s'enfonce peu à peu dans la mousse du fauteuil.
 



Ses pensées se craquellent comme la peinturbleue des volets.
Les souvenirs tournent en boucle, comme un disque un peu rayé. A chaque lecture un instant s'efface, une émotion s'estompe. Et le cerveau (qui a horreur du vide) comble, découpe, et recolle la bande abîmée  Puis brode une suite ou une autre.
Parfois elle ne sait plus trop distinguer ce qui s'est vraiment passé de ce que son esprit a inventé. Elle passe des heures là, à tisser et démêler (des pensées).
Et les ombres s'étirent dans la pièce autour d'elle et doucement l'enveloppent. La nuit entre par les fenêtre, et  absorbe toute la lumière qui s'en approche. L'odeur de la fumée s'imprègne dans ses vêtements et poisse ses cheveux.  Ses pieds blanchissent encore sur le carrelage.
 



Elle ferme, puis rouvre les yeux. Elle les plonge dans le trou rouge, dans les flammes, les braises, les cendres de la cheminée. Elle sent presque ses iris rougeoyer et se consumer. Elle fixe l'âtre à s'y noyer.
 
 

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21 août 2012

Déjà un souvenir

La musique

 

Un peu d'air passe par la vitre entrouverte de la voiture qui file dans la nuit. Je connais la route par cœur, pourtant je me sens un peu perdue. La musique est douce, je ne la connais pas. On ne dit rien, ou si peu, toujours comme ça. Mais la suite on la connait déjà.
 
A peine descendus, des phares nous éblouissent en passant devant nous, puis le noir se referme sur nous. Pas de lune, pas de bruit. La dune se dérobe à chaque pas. Sa main agrippe la mienne et m'entraine, le sable se tasse sous mes pieds. L'air autour de nous est moite, puis l'eau glisse sous notre brasse. Les bulles scintillent doucement à chaque mouvement, en remontant le long de nos corps. Et son rire résonne dans la nuit, mêlé au vent, mêlé aux vagues, mêlé au mien.

C'est l'instant qui nous emporte. (Mon corps frissonne quand il m'enlace, les vagues balancent entre nous et nos soupirs les accompagnent). Nos baisers sont tout salés.
Et les étoiles brillent au-dessus de nous. Un peu de brume qui poisse la peau, et mes cheveux bouclent pleins de sel. Le sable colle à nos jambes.
Avant la chaleur de son lit.
 
 
Encore un petit instant secret, de ceux qu'on ne dira jamais. Une parenthèse dans les étoiles et le plancton luminescent. Loin de tous et de tout, famille, amis, travail, projets et lendemain. Quand on est ensemble on se sent toujours seuls.
Je plie (en tout petit) un autre souvenir, et je le range tout au fond de mon esprit. J'emporte ce joli moment, et tous ceux d'avant aussi, mais surtout aucun regret. Je garde la tendresse, la nostalgie et la joie pure de quelques instants.
Il est des choses qu'on ne dit pas, ni lui, ni moi. Je sais qu'un jour on se reverra.

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28 juillet 2012

Musique

 

Une fois encore, et pas la dernière, ça te prend par surprise. C’est la brusque fin d’une situation dont tu connaissais l’issue, mais qui durait chaque jour encore un peu… jusqu’à ce que tu t’y habitues. Que les papillons quittent ton ventre, que l’inquiétude ne plisse plus tes yeux.

Et soudain.  Voilà.

Voilà.

Une voix cassée au téléphone. Voilà.

En séchant, les larmes laissent jusqu’au coin de ta bouche des sillons salés qui picotent la peau.  

Voilà.

Je le vois dans son bureau plongé dans un dossier, tellement concentré,
je le vois assis à table, lire l’étiquette de la bouteille de vin, toujours si droit,
je le vois sommeiller dans le fauteuil devant la télé, avec un petit sourire,
je le vois rire.
J’entends encore sa voix

Voilà.

Depuis les nuits sont trop courtes, et pleines de rêves étranges. Tu t’en éveilles avec un petit moment de flottement, où tu ne distingues plus les rêves du vrai. Jusqu’à ce qu’en un sursaut, le tranchant de la réalité ne te coupe le souffle. Alors les sanglots t’étouffent à nouveau, et tes mains s’emmêlent dans tes cheveux et agrippent ton crâne encore, et t’enserrent les épaules, te frictionnent et te secouent. Mais les hoquets sont longs à s’apaiser.

Voilà.

Dans la pièce froide, d’abord tu ne reconnais pas le visage figé. Puis tu vois le nez droit et tu détournes si vite la tête que tu t’en arracherais le cou.
Un corps là, devant toi, si vide et creux qu’on le croirait de cire. Qu’une main encore, ne veut pas lâcher.

Voilà.

L’odeur de l’encens et l’orgue sont plus sinistres à chaque fois.

Voilà.

Les gravillons crissent sous tes chaussures. Tu es un peu perdue, et tu suis simplement. Au fond tu ne comprends pas vraiment.

 

 

Et sous le marbre Il les rejoint.

 

Voilà.

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10 octobre 2010

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Encore un petit air

 

 

J'ai la sale impression de découvrir peu à peu un avenir déjà presque tracé (comme quand on choisit de voir la carte en avance dans Age of Empire). De rentrer peu à peu dans le moule, avec mes restes de doute, de nostalgie et toujours mes milliers de souvenirs.




Tu vois, jour après jour, choix après choix, on emprunte une voie que se précise peu à peu, et s'affirme.
Et quand tu te retournes c'est trop tard, tu as fait trop de chemin. 
Pourtant je me souviens pas d'avoir fait ce choix, d'avoir dit un jour "ça y est, c'est décidé, je vais faire ça de ma vie". Et non... ce sont des petits choix, qui ont l'air de rien du tout, mais qui en s'accumulant ont effet ENORME. C'est ça qui est fourbe.


Je crois que je change.


D'abord , la radio a remplacé toutes les musiques. Même si Saez me fait encore frissonner et le piano pleurer.
Et puis, je photographie des instants avec eux, mais je crois que je ne vois plus la beauté d'un jeu de lumière sur un volet. Ou je n'ai plus la patience de Voir.

Mais y a pire.


Les crèmes et les lotions s'accumulent autour de la baignoire, les fards et les parfums envahissent les étagères de la salle de bain. Je me ronge toujours les ongles (mais ils sont oranges-roses-violets-noirs-ou rouges et je les lime après). Je ne sais plus faire la grasse matinée.

Cela fait si longtemps que je n'ai pas entendu le frottement de la toile et du cuir sur le parquet ciré. Mon corps m'est comme un peu plus étranger. J'arrive encore parfois à m'étirer en lui jusqu'au bout du bout des doigts. Mais j'oublie peu à peu le contact de ma main sur le bois, et ça n'aide pas à tenir debout.

Je ne lis plus (je travaille), je n'écris plus (mais j'aime la manière dont j'écrivais).
Je fais moins de bêtises mais celles que je fais sont PLUS GROSSES.

Je m'éloigne d'une période un peu sombre, mais plus honnête, et plus intense. Tranchante.

Tu sais

, seules les choses très très tristes et à la fois très très fortes pouvaient me serrer la gorge, me retourner le ventre, et parfois même m'arracher une larme 
(comme:
- la fin des Royaumes du Nord,
- Primo Levi, 
- ou être au coeur de la foule dans une manifestation)

Maintenant je pleure et je ris au cinéma (mais je déteste me surprendre dans ces moments là).



Est-ce que c'est triste? 
Non je ne crois pas.
C'est comme arrêter de danser, mais continuer de voir des spectacles.
C'est être heureux autrement.
Et puisque je suis convaincue que le seul sens qu'on peut donner à la vie c'est d'essayer d'être heureux (et de rendre heureux les gens qu'on aime aussi), alors pourquoi pas?

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06 août 2009

un petit quelque chose...

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...qui me rapelle mon Magritte

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15 juillet 2009

l'histoire du lézard

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un cadeau

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