Musique

 

Une fois encore, et pas la dernière, ça te prend par surprise. C’est la brusque fin d’une situation dont tu connaissais l’issue, mais qui durait chaque jour encore un peu… jusqu’à ce que tu t’y habitues. Que les papillons quittent ton ventre, que l’inquiétude ne plisse plus tes yeux.

Et soudain.  Voilà.

Voilà.

Une voix cassée au téléphone. Voilà.

En séchant, les larmes laissent jusqu’au coin de ta bouche des sillons salés qui picotent la peau.  

Voilà.

Je le vois dans son bureau plongé dans un dossier, tellement concentré,
je le vois assis à table, lire l’étiquette de la bouteille de vin, toujours si droit,
je le vois sommeiller dans le fauteuil devant la télé, avec un petit sourire,
je le vois rire.
J’entends encore sa voix

Voilà.

Depuis les nuits sont trop courtes, et pleines de rêves étranges. Tu t’en éveilles avec un petit moment de flottement, où tu ne distingues plus les rêves du vrai. Jusqu’à ce qu’en un sursaut, le tranchant de la réalité ne te coupe le souffle. Alors les sanglots t’étouffent à nouveau, et tes mains s’emmêlent dans tes cheveux et agrippent ton crâne encore, et t’enserrent les épaules, te frictionnent et te secouent. Mais les hoquets sont longs à s’apaiser.

Voilà.

Dans la pièce froide, d’abord tu ne reconnais pas le visage figé. Puis tu vois le nez droit et tu détournes si vite la tête que tu t’en arracherais le cou.
Un corps là, devant toi, si vide et creux qu’on le croirait de cire. Qu’une main encore, ne veut pas lâcher.

Voilà.

L’odeur de l’encens et l’orgue sont plus sinistres à chaque fois.

Voilà.

Les gravillons crissent sous tes chaussures. Tu es un peu perdue, et tu suis simplement. Au fond tu ne comprends pas vraiment.

 

 

Et sous le marbre Il les rejoint.

 

Voilà.