Musique 
 
 
Derrière la fenêtre les branches s'agitent, mais devant le chat dort.

Le vent souffle, et le bois crépite.

Elle ne sent plus ses pieds, nus sur le carrelage, et le chatouillis d'un cheveu égaré derrière l'oreille, doucement, s'apaise.
Ses bras sont lourds sur la laine du gilet, sa tête s'enfonce peu à peu dans la mousse du fauteuil.
 



Ses pensées se craquellent comme la peinturbleue des volets.
Les souvenirs tournent en boucle, comme un disque un peu rayé. A chaque lecture un instant s'efface, une émotion s'estompe. Et le cerveau (qui a horreur du vide) comble, découpe, et recolle la bande abîmée  Puis brode une suite ou une autre.
Parfois elle ne sait plus trop distinguer ce qui s'est vraiment passé de ce que son esprit a inventé. Elle passe des heures là, à tisser et démêler (des pensées).
Et les ombres s'étirent dans la pièce autour d'elle et doucement l'enveloppent. La nuit entre par les fenêtre, et  absorbe toute la lumière qui s'en approche. L'odeur de la fumée s'imprègne dans ses vêtements et poisse ses cheveux.  Ses pieds blanchissent encore sur le carrelage.
 



Elle ferme, puis rouvre les yeux. Elle les plonge dans le trou rouge, dans les flammes, les braises, les cendres de la cheminée. Elle sent presque ses iris rougeoyer et se consumer. Elle fixe l'âtre à s'y noyer.