Elle tripote longtemps le téléphone dans sa poche, le sort, l'ouvre et pianote ton nom.
Elle effleure l'écran, hésite, du bout des doigts.
S'arrête.
Efface.
Recommence.
Efface à nouveau, lettre à lettre, jusqu'à la première. Elle range le téléphoine.
Et continue à la tripoter dans sa poche. 


En quelques heures elle a fait ce geste si souvent déjà. Derrière ta porte à peine, le long du canal, sous la pluie, dans le train, à la gare, le train suivant, en mangeant, dans son lit. 
Elle ne sait pas elle même ce qu'elle veut te dire.
Les mots sont trop vides, elle n'arrive pas à formuler.
Elle ne veut pas vous ranger dans une case, ne veut pas mettre un nom commum sur tout ça. Nuances, flou, secret. Les mots sont trop catégoriques, nets, trop ou pas assez. Pourtant ce n'est pas compliqué, c'est même si simple et naturel. Doux. Transparent. Honnête.
Que tu lui manque déjà. Qu'elle voudrait être dans tes bras. Qu'elle n'arrive pas à culpabiliser tellement elle est bien avec toi. 
Banalités, que tu lirais en silence, sans réponse possible.

Parce qu'il n'y a rien à dire au fond.
Que tu lui donnes envie de lire, d'écrire, de voir et d'écouter. De partir aussi. De s'échapper.


Tu sais quand elle s'en va elle pense trop à toi pendant quelques jours. Ses synapses mettent du temps à se désactiver, et les sensations s'estompent trop lentement. Des briques roses pleins les yeux, ta barbe sous ses doigts. Et des épingles plein le coeur quand elle te dit au revoir.
Tu sais ses dendrites sont un peu emmêlés, elle ne sait plus trop où elle en est. Un sourire niais scotché à ses lèvres, une bouffée de chaleur dans la poitrine. Elle est loin sans y être, yeux ouverts ou fermés, elle est encore un peu avec toi. 

Le matin elle s'est attaché les cheveux près de toi, elle les relâche le soir en se couchant pour y sentir encore l'odeur de tes draps.