Ce soir je suis sortie dans la nuit. Pieds nus sur la terrasse glacée.

Mais j'aime l'intensité du froid tu sais. Comme la cire brûlante qui me lèche les doigts. Le silence assourdissant quand je sors du bar et de son brouhaha. Le feu de la fumée dans ma gorge, ou mes orteils bleus dans l'écume un matin de janvier. Les contrastes, tu vois? Quand mes récepteurs sensoriels saturent d'informations. Je ne t'ai jamais dit ça.


Appuyée à la rambarde j'ai plongé dans le ciel. Fixé une à une les étoiles, jusqu'à ce qu'elles se dissolvent sur ma fovéa.

Je ne crois pas qu'on ait déjà parlé de ça. Ni des galaxies qui s'éloignent, des nébuleuses, et de nous dans tout ça. De la lumière, et de son âge. La base, quoi.

Je me suis un instant crue là bas, alors forcément j'ai pensé à toi.

A cette nuit où j'ai agrippé une autre rambarde pour ne pas me noyer dans le ciel, et la mer, et tout ce noir constellé devant moi. Tu étais au lit déjà. La seule nuit peut être où on n'a pas, j'ai eu un morceau d'univers, pour une heure rien que pour moi. Je ne t'en ai pas parlé ensuite. Mais de quoi a-t-on vraiment parlé toi et moi?

Je suis rentrée avec ma chair de poule. J'ai ouvert encore l'écran. Et refermé. Plusieurs fois. A l'autre bout d'un fil invisible je savais que tu étais là. J'ai eu envie de te dire les milliers de mots qui restent toujours en moi. D'aborder tous les sujets imaginables, et surtout les autres avec toi. J'ai eu envie de refaire le monde. De te dire mes secrets (ceux que je ne connais pas).
Puis je me suis plongée dans mon thé brûlant.

Et j'ai essayé de ne pas trop penser à toi.